Tu veux sentir quelque chose.
Tu veux que ça circule.
Tu veux que ça marche.Alors, sans même t’en rendre compte,
tu serres un peu les dents.
Tu crispes les épaules.
Tu pousses dans tes jambes.
Et tu appelles ça : pratiquer.
Mais en réalité,
tu viens de couper ce que tu cherchais à éveiller.
Parce que ce que tu ne vois pas,
c’est que la force ferme, là où l’intention ouvre.
Et chaque fois que tu mobilises ton corps avant ton esprit,
tu bloques le Qi avant même qu’il ne naisse.
Lao Tseu l’a dit, il y a plus de 2500 ans :
« Celui qui est fort ne vaincra pas.
Celui qui se raidit ne s’élèvera pas.
Le souple l’emporte sur le dur,
le faible sur le fort. »
(Tao Te King, chap. 76)
Tu peux continuer à faire de ton mieux,
à plier les genoux plus bas,
à contracter ton centre comme un roc,
à « tenir la posture ».
Mais dans le monde subtil du Qi Gong,
plus tu serres, plus tu bloques.
Parce que dans le Nei Gong, on ne travaille pas avec les muscles.
On travaille avec l’intention (Yi 意).
Et l’intention, ce n’est pas une pensée.
Ce n’est pas une volonté.
C’est une orientation silencieuse,
comme une goutte d’eau qui choisit d’aller vers la mer.
Lao Tseu l’appelle Wu Wei 無為,
le non-agir qui agit tout.
« Le sage agit sans agir,
enseigne sans parler.
Il laisse toutes choses suivre leur cours. »
(Tao Te King, chap. 2)
Dans une posture de Qi Gong,
si tu veux que le Qi circule,
tu dois cesser de vouloir.
Tu dois devenir transparent,
laisser l’intention précéder le geste,
et le geste s’effacer dans la sensation.
Le Yi, c’est le vent invisible qui fait danser la branche.
La branche ne pousse pas.
Elle suit.
Tu veux pratiquer le vrai Qi Gong ?
Alors fais moins.
Sois plus léger.
Sois plus doux que ce que tu crois être doux.
Et observe.
Un jour, sans prévenir,
tu sentiras ton bras se lever sans tension.
Ton bassin s’ouvrir sans effort.
Ton souffle s’étirer sans commande.
Et tu comprendras.
Tu comprendras que ce jour-là,
ce n’est plus toi qui pratiques…
c’est le Tao qui passe à travers toi.


