Tu crois peut-être que tu es en train de faire du Qi Gong.
Tu es debout. Tes bras montent.
Ton dos est droit. Tes gestes sont lents.
Ton regard est flou, fixé à trois mètres devant toi.Oui… tu crois que tu pratiques.
Mais est-ce que tu t’écoutes ?
Parce que tu peux très bien répéter les formes pendant des années…
sans jamais entrer à l’intérieur.
Sans jamais ouvrir la porte.
Sans jamais descendre dans la grotte.
« Le Tao est profond et obscur.
Il semble vide…
mais en lui réside toute chose. »
(Tao Te King, chap. 4)
Et si tu restes fixé sur la forme,
sur l’image que tu donnes,
sur l’élégance du mouvement,
sur la bonne position des mains ou le bon angle du pied…
Tu risques de passer à côté du vrai Qi Gong.
Parce que le vrai Qi Gong ne se voit pas.
Il se sent.
Il se murmure dans les tissus profonds.
Il se goûte dans le silence du ventre.
Il se déploie dans un espace que personne ne peut observer de l’extérieur.
Tu veux que tes mouvements soient beaux ?
Mais la beauté qui soigne, c’est la beauté invisible.
Celle qui n’est pas pour les yeux,
mais pour le Shen.
« Celui qui brille n’éclaire pas.
Celui qui s’exhibe ne dure pas.
Celui qui se connaît ne se montre pas. »
(Tao Te King, chap. 24)
Si tu veux entrer dans la Voie,
il faut cesser d’imiter.
Cesser de corriger uniquement la surface.
Et commencer à sentir ce qui ne se montre pas.
Ressens-tu ton cœur ralentir ?
Ton bassin se relâcher ?
Ton souffle devenir vague ?
Ta conscience se fondre dans les reins ?
Est-ce que tu fondes, ou est-ce que tu poses une image ?
Car ce que les anciens cherchaient,
ce n’était pas la perfection du geste.
C’était la transformation du cœur.
Et cette transformation,
elle commence là où tu te détournes du miroir.
Tu veux vraiment faire du Nei Gong ?
Alors ferme les yeux,
et laisse-toi être touché de l’intérieur.
Pas par la forme.
Mais par le tremblement subtil de l’Être.
Et un jour,
tu bougeras comme avant…
Mais plus rien ne sera comme avant.
Parce que ce jour-là,
le geste sera devenu vivant.
Et là,
tu ne feras plus du Qi Gong…
tu seras le Qi qui fait le Gong.


