
chapitre 2 (第二章) du Tao Te King de Lao Tseu (老子).
第二章
天下皆知美之為美,斯惡已。
皆知善之為善,斯不善已。
有無相生,難易相成,
長短相形,高下相傾,
音聲相和,前後相隨。
是以聖人處無為之事,
行不言之教。
萬物作焉而不辭,
生而不有,為而不恃,
功成而弗居。
夫唯弗居,是以不去。
Traduction
Lorsque tout le monde dans le monde reconnaît le beau comme étant le beau,
alors existe déjà le laid.
Lorsque tout le monde reconnaît le bien comme étant le bien,
alors il y a déjà le non-bien.L’être et le non-être naissent l’un de l’autre.
Le difficile et le facile se forment l’un par rapport à l’autre.
Le long et le court se définissent l’un par l’autre.
Le haut et le bas s’inclinent l’un vers l’autre.
Le son et le ton s’harmonisent entre eux.
L’avant et l’après se suivent.Ainsi le sage agit sans agir,
enseigne sans parler.Toutes choses naissent par lui et il ne les refuse pas.
Il les produit sans les posséder.
Il agit sans en tirer orgueil.
Il accomplit l’œuvre, puis ne s’y attache pas.C’est précisément parce qu’il ne s’y attache pas,
qu’elle ne le quitte pas.
🔍 2. Enrichissement par l’étude n°1
-
Sur la relativité des valeurs (美 et 善) :
Lao Tseu introduit la dialectique taoïste : tout ce qui est nommé ou catégorisé crée immédiatement son contraire. C’est la naissance des dualités. En nommant « beau », on crée « laid ». En désignant « bon », on fait exister « mauvais ».
-
相生 (naissance mutuelle) :
Il s’agit d’une idée fondamentale du Dao : toute chose existe par contraste. L’existence est toujours polarisée.
-
Le sage et le non-agir (無為) :
Le sage agit dans le non-agir (wu wei), en suivant la voie naturelle du Dao sans imposer sa volonté. Il n’enseigne pas par la parole, mais par son exemple.
-
La vertu du détachement final :
Le dernier vers souligne la quintessence du wu wei : créer sans revendiquer, faire sans s’approprier. Ainsi, son œuvre demeure.
✨ Traduction poétique
Lorsque tous reconnaissent le beau comme tel,
le laid apparaît déjà.
Lorsque tous célèbrent le bien,
le non-bien prend forme aussitôt.Car l’être naît du non-être,
le difficile du facile,
le long du court,
le haut du bas,
les sons s’accordent dans la différence,
l’avant suit l’après.Ainsi le Sage vit dans le non-agir,
enseigne sans discours.
Il crée sans revendiquer,
agit sans s’attacher,
œuvre sans s’enorgueillir.Et c’est justement parce qu’il ne s’approprie rien,
que rien ne peut lui être ôté.
🔍 3. Enrichissement par l’étude n°2
Étude commentée du chapitre 2 du Dao De Jing, croisée avec et selon la pensée taoïste classique, notamment Lao Tseu, Tchouang Tseu (Zhuangzi) et Lie Tseu (Liezǐ).
📜 Chapitre 2 du Dao De Jing — Lecture commentée taoïste
1. « Lorsque le monde reconnaît le beau comme étant le beau, le laid apparaît déjà. »
天下皆知美之為美,斯惡已。
Lecture :
Lao Tseu nous met en garde contre le pouvoir des noms et des jugements. Nommer une chose « belle », c’est aussitôt faire naître son opposé : le « laid ». Le simple fait de désigner engendre la dualité.
📚 Référence :
Tchouang Tseu dira plus tard :
「始有是非,則道隱矣。」
« Dès que naissent le « oui » et le « non », le Dao devient obscur. » (Zhuangzi, chapitre 2 — Discours sur l’Égalité des choses).
Cette idée est essentielle dans le taoïsme : tout jugement est séparation du flux du Dao. Le sage ne tranche pas, il observe sans fixer.
2. « Lorsque tous savent ce qu’est le bien, alors le mal est déjà là. »
皆知善之為善,斯不善已。
Lecture :
Même le bien, lorsqu’il est érigé en valeur absolue, devient le germe du mal. C’est le piège de la morale imposée.
📚 Référence :
Lao Tseu, au chapitre 38 :
「失道而後德,失德而後仁,失仁而後義,失義而後禮。」
« Lorsque le Dao est perdu, alors vient la vertu ; quand la vertu est perdue, vient l’humanité ; puis la justice ; et enfin la bienséance. »
L’ordre moral est vu comme une dégringolade depuis la spontanéité originelle du Dao. Plus on moralise, plus on est loin de l’harmonie naturelle.
3. « L’être et le non-être naissent l’un de l’autre. »
有無相生
Lecture :
Il ne peut y avoir de « pleine jarre » sans vide. Le vide (無) est non seulement une absence, mais un principe actif. Il est ce qui permet l’usage.
📚 Référence :
Dans Lie Tseu, on lit :
「虛者,道之常也。」
« Le vide est la constante du Dao. » (Liezǐ, chapitre 1)
Et Lao Tseu au chapitre 11 :
「三十輻共一轂,當其無,有車之用。」
« Trente rayons convergent vers un moyeu ; c’est le vide central qui rend la roue utile. »
4. « Le difficile et le facile se forment l’un par rapport à l’autre ; le long et le court se définissent ensemble. »
難易相成,長短相形
Lecture :
C’est le principe de relativité taoïste. Rien n’a de qualité en soi. Tout se définit dans une co-naissance. Le difficile n’est tel que par rapport à ce qui est facile.
📚 Référence :
Tchouang Tseu dans le Qi Wu Lun :
「彼是之間,則為期矣。」
« Entre le “cela” et le “ceci”, il y a un intervalle, un espace d’indécision. »
Le sage reste dans l’intervalle, il ne tranche pas. Il ne prend pas parti. Il voit les deux sans s’attacher à aucun.
5. « Ainsi le sage agit sans agir (wu wei), enseigne sans parler. »
是以聖人處無為之事,行不言之教。
Lecture :
Le wu wei (無為), souvent mal traduit par « non-agir », est plutôt agir sans forcer, laisser le Dao œuvrer à travers soi. Le sage ne s’impose pas, il laisse se faire.
📚 Référence :
Dans Zhuangzi :
「聖人無常心,以百姓心為心。」
« Le sage n’a pas de cœur propre, il prend le cœur du peuple pour cœur. » (Zhuangzi, chapitre 5)
Et dans Lie Tseu, il est dit :
「無為而治,不教而化。」
« Gouverner sans action, transformer sans enseigner. »
Cela illustre un principe pédagogique taoïste : la transmission par résonance, non par discours.
6. « Il produit, mais ne possède pas ; agit, mais ne revendique pas ; accomplit, mais ne s’attache pas. »
生而不有,為而不恃,功成而弗居。
Lecture :
Le sage reste transparent, comme le vent qui passe, sans laisser son nom gravé. Il ne tire aucun mérite personnel.
📚 Référence :
Tchouang Tseu évoque souvent les sages comme des hommes de vent, qui ne gardent rien de leur passage, car ils sont le passage.
Lao Tseu résume au chapitre 10 :
「生之畜之,生而不有,為而不恃,長而不宰,是謂玄德。」
« Nourrir sans posséder, agir sans dépendre, guider sans dominer — voilà la vertu mystérieuse. »
🧘♂️ Synthèse selon la pensée taoïste
Le chapitre 2 est un socle fondamental de la cosmologie et de l’éthique taoïste :
-
Il établit l’univers comme relatif, polarisé, mouvant, sans absolu moral.
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Il rappelle que tout jugement fixe est déjà séparation d’avec le Dao.
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Il propose un idéal de sagesse sans traces : créer sans revendiquer, enseigner sans imposer, vivre sans forcer.
🔔 À méditer
« Le Dao n’agit pas, et pourtant rien ne lui échappe. »
(Lao Tseu, chapitre 37)
Ou encore :
« L’homme parfait est comme un miroir :
il reflète sans retenir, il accueille sans juger, il répond sans stocker. »
(Tchouang Tseu, chapitre 7)
Une capsule audio est en préparation pour compléter cette article.

